Après la description de mon tout nouveau thé littéraire et de la quinzaine polar, puis une réflexion sur le "passage cantine prio", il est temps de passer à la question cruciale qui hante mes nuits et mes repas de famille (oui, tout le monde est sur le pied de guerre pour m'aider à résoudre ce dilemme, et a hâte que je me décide pour passer à autre chose !) : "Est-ce que je propose des projets lecture périscolaires ouverts à tous, ou réservés aux adhérents FSE ?"
Autrement dit : "Club ou pas club ?"
Comme je tourne en boucle avec ce questionnement, je me suis demandé si écrire le déroulé de mes réflexions pouvait m'aider à décider.
Alors, ai-je résolu ce dilemme infernal en rédigeant ce billet ? Vous le saurez en conclusion.
Un suspens idéal pour ce thé littéraire policier !
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| Qui c'est qui veut venir lire ce livre ?? |
Changement de cap : laisser tomber le "club lecture" pour toucher tout le monde
Avec
145 adhérents FSE seulement, et peu en 4e-3e, si je voulais attirer des
grands pour mon projet Romance l'an dernier, il fallait que je sorte
cette activité du FSE, et que ce ne soit pas un club lecture.
Je l'ai donc proposé à tous, avec le succès que l'on sait (spoiler : aucun !)
Avec la nouvelle formule plus attractive de cette année, j'ai eu davantage de succès, mais si je regarde les inscrits des "Thé littéraires" de cette année, dans les faits, ils sont tous adhérents FSE !
Donc je pourrais clore ce billet tout de suite pour gagner du temps, et répondre à mon dilemme sans y passer la journée : revenons à une formule "club" !
Mais vous vous en doutez, j'ai continué à me torturer l'esprit !
Les arguments contre le club
On a déjà vu qu'avec 145 adhérents FSE seulement, je me "prive" de pas mal d'élèves qui pourraient potentiellement être tentés s'il n'y a pas trop de démarches à faire.
Il faut par ailleurs laisser du temps aux élèves de découvrir un nouveau projet.
En effet, ce n'est pas parce que cette fois-là (et la précédente, oui,
OK...), je n'avais que des adhérents, que des "nouveaux qui
débarqueraient" ne pourraient pas découvrir une activité, même s'ils ne
font pas partie du sérail FSE. Il faut le temps que l'info circule, que
l'effet bouche à oreille se mette en place.
Des "nouveaux" sont plus
frileux, il leur faut donc peut-être du temps pour se faire à une idée,
"Tiens, il y a encore un thé littéraire, je vais peut-être y aller cette
fois, c'est pas un truc si bizarre que ça finalement"...
Or,
gagner des lecteurs, et en faire des élèves engagés, c'est au bout du
compte notre objectif ! Est-ce que je ne le gâche pas en proposant
uniquement des clubs lecture dans ma palette "lecture périscolaire" ?
L'argument "c'est le FSE qui paie les gâteaux et les bonbons" était mon argument pour justifier aux élèves qu'il fallait être adhérent pour venir au club BD. Mais il est un peu fallacieux, parce que le FSE finance aussi des "bonus" aux projets pédagogiques. Je peux donc tout à fait continuer à bénéficier de son aide financière pour proposer un projet à tous. Il ne faut pas que je me cache derrière par facilité, pour éviter de réfléchir à cette problématique.
Ma casquette trésorière FSE me conduit à avoir des raisonnements "pro FSE" pour défendre l'idée d'une association forte, avec une identité et des membres actifs, mais ma casquette profdoc tire de l'autre côté, et doit avant tout chercher à faire lire les élèves.
Donc 1 partout dans le match "Club ou pas club" : le fait que tous les présents soient au FSE ne m'aide pas à me décider pour la suite.
Continuons !
Un projet lecture avec des bonbons : le double effet "bouche à oreille" !
On se souvient que pour "attirer le chaland" et créer un événement un peu exceptionnel, j'ai choisi la formule du thé littéraire (donc thé, gâteaux).
Et cela a fonctionné, puisque j'ai eu 6, puis 12 inscrits, ce qui était déjà un bon groupe,
allant de la 6e à la 3e, avec 2 externes ravis d'être de la
fête.
Mais en plus de ces 12 élèves inscrits à l'avance et ayant obtenu leur sésame pour la cantine, plusieurs ont pointé leur nez à la porte, demandant à venir au dernier moment.
J'avais prévu ce cas de figure dans les règles du projet, donc ils étaient parfaitement légitimes à demander à venir.
Alors pourquoi ne les ai-je pas acceptés ?
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| Qu'as-tu fait pour mon projet Mon projet tout beau Rien ma foi, rien ma foi, Ben t'en auras pas ! |
Sans doute parce que mon subconscient a répondu avant moi et leur a dit non !
J'ai réagi à leur "manière" de demander à venir, et à leur profil d'élèves : ne venant jamais au CDI, ou agités et devant souvent être mis dehors avant qu'ils aient fait semblant d'ouvrir un livre.
Le CDI était fermé pour l'occasion, donc se retrouvant au froid, et voyant de la lumière (et des gâteaux !) on pouvait comprendre leur demande.
Mais je n'ai pas eu "envie" qu'ils viennent, ce qui n'est pas une attitude très professionnelle, et j'ai eu après coup quelques scrupules.
A la fin de l'activité, en nous projetant avec les bénévoles sur notre 3ème RDV, on s'est posé la question de ces élèves ayant tenté de venir au dernier moment.
S'ils demandent à s'inscrire la prochaine fois (l'hypothèse est audacieuse, compte tenu de mon expérience de la motivation de mes élèves sur le long terme), je n'aurai pas trop
d'arguments pour les refuser.
Je serai alors devant un cas de conscience :
- Je peux
difficilement dépasser 15 élèves. Donc devrais-je privilégier ces nouveaux élèves, à la place
de ceux qui sont venus les 2 dernières fois ? Avec le risque que les nouveaux aient une motivation pour la lecture un peu inférieure à leur envie de vider mes paquets de gaufrettes...
- Est-ce que je botte en touche, et pour limiter
"naturellement" la jauge et la "nature" du public, je replace l'activité dans le giron du FSE, le renommant "club lecture", donc réservé aux adhérents FSE ?
Avant de décider d'éluder le "problème des squatteurs potentiel" d'un mouvement de manche impérial, penchons-nous sur les profils différents des adhérents, et des non-adhérents.
Pourquoi les inscrits à une activité lecture "ouverte à tous" sont finalement tous adhérents au FSE ?
Prendre l'adhésion au FSE est un acte d'engagement.
Et cela va au-delà du montant modique de la cotisation.
Les
élèves engagés dans
leur scolarité lisent les messages d'information, ont parfois des
familles qui en 6e les incitent à s'investir, en prenant d'office l'adhésion FSE en début
d'année, sans se demander si elle sera "rentabilisée". Ils conservent
au fil des années pour certains ce goût pour "faire des choses" non
scolaires dans leur collège.
Et il n'est pas rare qu'on les retrouve aussi au CVC, à la chorale, à l'AS, dans les éco-délégués...
Ils ne ratent donc pas les infos, les dates
d'inscription, les RDV.
Et ils souhaitent faire partie de tout ça, donc prennent l'adhésion.
Un élève de 5ème est même venu me voir le jour même de la rentrée avec ses 5 euros, il avait anticipé, et avait en tête dès le 1er jour son envie de faire des activités.
Les élèves viennent aux RDV, friands de découvrir une nouvelle
activité.
S'il y a des gâteaux, du thé, des bonbons, des petits cadeaux,
c'est la cerise sur l'activité. Ils sont ravis, mais ce n'est pas leur
moteur ni la raison de leur présence.
On doit également prendre en compte le fait que les activités de ce type étant souvent dans le cadre d'un club, les élèves ne sont pas habitués à ce que tout le monde puisse venir.
Pour les jeux collaboratifs d'enquête, ils étaient tout surpris de pouvoir entrer !
D'où l’intérêt de décider une bonne fois pour toute du cadre d'organisation de ces projets lecture (thé littéraire, rencontre libraires, sorties bibli et librairie, prix Unicef, prix Gallimard... la problématique est la même à chaque fois) et s'y tenir dans le temps, pour que des habitudes se prennent !
Quel est le profil et l'état d'esprit des "autres" élèves, non inscrits au FSE mais demandant à venir à un projet lecture ?
Les élèves non adhérents au FSE mais demandeurs d'activités veulent souvent le beurre et l'argent du beurre, l'activité sans la "contrainte" de dire "je veux faire partie d'une association,
voici ma cotisation et ma signature".
Ce n'est pas une question de sous, c'est une question de principe : le principe du "non engagement", du "non fayotage", en quelque sorte.
Ils viennent parce qu'ils ont vu de la lumière, parce qu'il pleut... ou parce qu'ils ont entendu dire qu'il y a des gâteaux, des bonbons...
Ils viennent souvent en dehors des horaires prévus, quand c'est le bon moment pour eux, sans souci d'une organisation collective, avec ses contraintes pour que chacun s'y retrouve.
C'est après tout un peu grâce à eux que je suis profdoc, puisque la difficulté des publics atypiques et/ou "non scolaires" à trouver leur place dans les collèges de mon enfance m'a donné envie de changer les choses.
Troisième profil, celui qui m'intéresse ici : les élèves non inscrits au FSE et ne demandant pas à venir à un projet lecture !
- Pas vu passer l'info
- Vu l'info, mais ont besoin d'être un peu poussés
- Pas vu, et pas intéressés parce qu'ils se sentent illégitimes dans les activités culturelles
- Pas vu, et pas intéressés parce qu'occupés ailleurs ou à d'autres sujets
Quelle est ma mission de professeure documentaliste ? Dois-je faire lire les élèves en les attirant avec du sucre ?
Un CDI, c'est tous ces élèves différents ensemble, réunis autour de
règles communes minimales. Avec un profdoc qui orchestre et
rend cela possible, tout en tentant de préserver l'équilibre de toutes ses missions pédagogiques, et son propre équilibre.
Et parfois, et bien ce profdoc a envie de profiter d'un moment
privilégié en créant une bulle dans la bulle,
sans se préoccuper de devoir être vigilant et faire de la discipline, ou prouver et motiver !
Je n'ai pas à "faire plaisir" aux élèves, mais tant mieux si ça arrive.
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| Avec du vinaigre, sans doute pas. Mais doit-on pour autant céder au sucre ? |
Je considère que ma mission de profdoc sur la lecture est "juste" de proposer :
- Des livres attractifs et récents
- Une organisation et une signalétique claire qui mènent à la lecture
- Des horaires d'ouverture libres et clairs, affichés et publics, qui facilitent la lecture sur place et l'emprunt
- Des conditions d’emprunt et de réservation faciles pour tous
- Des séances en classe pour expliquer et présenter tous les points précédents !
- Des séances de lecture sur place, dispositif qui à l'usage m'est apparu comme le plus efficace pour que les élèves ne perdent pas le goût, l'habitude, les capacités de concentration nécessaire pour continuer à lire.
- Une réflexion professionnelle sur les freins à la lecture, les leviers qui sont à notre disposition (tous les billets de la rubrique "Lecture" en témoignent, j'en ai fait une de mes priorités professionnelle)
Cela peut arriver, mais j'ai fait le choix de ne pas m'épuiser avec la méthode des "doigts croisés, pourvu que ça marche".
J'en ai un peu parlé ici (le sujet arrive aussi sur le tapis par des chefs ou CPE qui aimeraient bien que l'imprégnation culturelle ne soit pas un mythe, et nous imposent des fonctionnement basés sur l'utopie et l’exception, ce qui est inefficace et énergivore.
Il n’est pas super à plaindre non plus !
L'objectif, c'est que le "RDV lecture" reste un RDV où on parle de lecture, en fait !
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| Ouais, et bien prends un bouquin d'abord ! |
Solution 1 : retour dans le giron du FSE pour éviter les squatteurs
Pour se protéger des "squatteurs", on peut être tentés de limiter l'accès à ces projets un peu "fun" aux adhérents.
Ils
sont moins nombreux à postuler, plus motivés pour l'activité, lisent
les infos, et n'oublient pas de venir une fois inscrits !
Et une fois
dans l'activité, ils sont aussi plus faciles à gérer : moins bruyants,
habitués à être autonomes, à ranger, à dire bonjour et au-revoir aux
bénévoles...
Les adhérents le sont souvent sur leurs 4 années, ils ont déjà
expérimenté l'expérience de projets avec des TUC, des bonbons, des
surprises... Ils sont donc un peu plus blasés, et surtout, ne viennent
pas "pour ça". Ils viennent pour l’activité et sont prêts à en assumer
les obligations, même s'ils sont ravis qu'il y ait un bonus convivial.
Pour eux,
un club "thé littéraire", c'est allier l'agréable à l'agréable.
Toutes choses qui donnent la patate, et donnent envie de renouveler le projet.
Solution 2 : couper la poire en deux
On peut proposer un RDV de découverte aux non-adhérents, comme pour tous les autres clubs.
Seul souci : faire passer l'info qu'on peut venir pour tester. Or on a vu que l'info est justement le bât qui blesse pour ces élèves moins impliqués au quotidien.
Il faudra passer par les adhérents, en les incitant à venir avec un invité !
Solution 3 : mettre à l'épreuve la sincérité des inscrits, "Tu veux lire ? Prouve-le !"
On m'a proposé de demander aux élèves de venir avec un livre de la sélection déjà lu à présenter, mais j'ai peur de tomber à zéro inscrits !
On pourrait aussi leur faire remplir un formulaire d'inscription un peu longuet, en leur demandant leur avis, leur motivation, première "épreuve administrative" en quelque sorte, avant l'acceptation dans le groupe des VIP.
Autre astuce, inclure le RDV dans un moment plus long, comme une sortie à la bibliothèque !
Lors de l'après-midi de rencontre parent-professeur, les élèves n'ont pas cours, certains restent en étude 3h pour attendre les bus, et les autres peuvent rester s'ils sont motivés par un projet.
Je peux proposer aux volontaires de passer l'après-midi à la bibli du quartier !
C'est
à 7 min à pied, les externes ont donc tout intérêt à la connaître,
espérons qu’ils répondront à l'appel, s'il y a un goûter à la fin !
Au
programme : la découverte des locaux et des coulisses interdites au
grand public (un grand classique incontournable de nos visites !), un
travail avec les cotes et le logiciel, et la présentation des romans.
On
ferait le thé au retour au collège à 16h, avant de les laisser partir pour les bus ou à pied à 16h30.
Seul problème : il faut l'organiser très à l'avance, les créneaux à la bibli sont rares.
Solution 4 : faire confiance et laisser faire le hasard
Pour mon 3ème thé littéraire de l'année, je vais retenter avec les mêmes modalités d'ouverture à tous que les 2 fois précédentes, mais en rajoutant que la réservation est obligatoire. Et je vais laisser faire le hasard avec confiance.
La réservation, donc l'anticipation, sera l'épreuve à franchir pour pouvoir se joindre au groupe et prouver sa motivation.
Une autre astuce peut être utile : si un élève s'inscrit tout seul, c'est
qu'il est sincère, ou isolé, il faut le prendre !
Par contre, si 2 ou 3 voire davantage d'élèves viennent en même
temps, on est assez légitimes pour se méfier de leurs motivations ! On peut alors les titiller un peu, vérifier s'ils sont partants pour lire, ou au moins essayer de lire.
En cas de doute, on peut décider de les laisser sur liste d'attente, en leur demandant de revenir 3 jours avant vérifier s'il y a des places. Si leur motivation est fragile, ils risquent de ne pas revenir réserver, mais plus embêtant si on a bloqué leurs places à leur première demande, on risque de ne pas les voir non plus le jour J (je parle d’expérience, malheureusement), et ils auront pris la place d’autres élèves vraiment motivés.
Et si leur donner le bénéfice du doute doit me coûter un paquet de gaufrettes et 20 Krema, ma foi, c'est pas un drame national de les laisser goûter à l'atmosphère littéraire d'un moment à part.
Qui sait, peut-être aurons-nous planté une petite graine à peu de frais.
Pour l'année prochaine, je mettrai le sujet sur le tapis à la fin du prochain thé littéraire, et j’écouterai les arguments des élèves avant de choisir entre la solution 2 et 4 (avec peut-être en bonus une après-midi 3 en réservant le créneau longtemps à l'avance).
Allez, ce billet est maintenant... In ze boîte !
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| Souvenir d'enfance (celle de mes filles, hein !) |





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