samedi 11 avril 2026

Les BD sont parties en vacances avant nous !

Je reviendrai dans des prochains billets sur mon expérience du "Thé littéraire", pour faire un petit bilan de la dernière édition de printemps, puis pour brosser le tableau de ce que je prévoie pour l'année prochaine, forte de mes expériences de cette année.

En attendant, je meurs d'envie de vous parler de ma dernière tentative pour faire lire des romans, qui attendent un peu désespérés sur mes étagères.

Je ne vais quand-même pas interdire de lire des BD ?
Et bien pourquoi pas !

 

Conserver aux BD et mangas leur place de lecture légitime

L'idée n'était évidemment pas de dire que c'est mal de lire des BD ! 
Pour quelqu'un qui promeut au quotidien la lecture de BD et de mangas comme étant de la littérature comme les autres, cela aurait été un peu curieux, et contre productif à long terme sur la confiance des élèves vis à vis du CDI.
Cela fait une dizaine d'année que j'ai intégré dans le cycle EMI des 6e des séances sur la BD et les mangas, on y passe au moins 6 heures (je vais devoir actualiser tous mes billets, c'est le bronx !).
Je veux légitimer, mais aussi leur donner les clés, pour éviter qu'ils lisent des mangas dans le mauvais (si si, ça arrive encore, ou ils n'en lisent pas de peur de se tromper), ou qu'ils passent à côté de l'extraordinaire richesse des graphismes ou découpages de cases.

En parallèle de la valorisation des genres illustrés, je voulais créer une semaine ludique pour découvrir d'autres rayons, faire les curieux, se lancer le défi d'entrer en concentration totale avec un livre dont l'histoire les prendrait à 100%. 

Les emprunts de BD et mangas restaient possibles, évidemment, et j'avais couvert plein de nouveautés pour pouvoir en faire la promo enthousiaste. On a parlé beaucoup BD autour de la table d'emprunt cette semaine, sans doute davantage d'ailleurs, parce qu'ils devaient me demander avant de soulever les tissus.

 

Beaucoup de lecteurs au CDI

J'ai un CDI très fréquenté, pour des raisons multiples parmi lesquelles on peut citer l'emplacement, l'ouverture très large sur les créneaux périscolaires, la possibilité de jouer en fin d'heure d'étude, les activités variées et inclusives, et les séances en classe très nombreuses (nécessaires pour que tous les élèves y viennent régulièrement de manière obligatoire, ce qui relance leur fréquentation libre).

Et ces élèves très nombreux lisent beaucoup : pour la plupart tous les jours, et pour certains, plusieurs fois par jour.

Mais ils lisent le plus souvent, voire en quasi totalité, des BD simples, des mangas lus et relus. Et même parmi les BD et les mangas, je peine à leur faire découvrir des titres moins connus, ou des histoires plus exigeantes en concentration (parce qu'il y a plus de texte, ou que l'histoire est moins classique).

Ce qui est tout à fait logique si on considère qu'ils viennent entre deux cours, et que nous aussi, dans une salle d'attente médicale ou chez le coiffeur, on ouvre plus volontiers un magazine people qu'un essai de Spinoza ! Je vous parle d'un temps d'avant Covid, évidemment ! Il n'y a plus de magazines dans les salles d'attente, mais vous pouvez transposer avec un petit scrollage de vidéos TikTok VS dernière vidéo d'Albert Moukheiber (quoi que, perso, je suis prête à rater mon goûter pour le regarder, même mon mari commence à être jaloux quand il entend sa voix sortir de mes hauts parleurs...).

Bref, ils lisent tout le temps, soit tout seul sur un fauteuil, mais le plus souvent en se montrant des trucs, en s'interrompant pour causer, pour checquer la main d'un copain qui passe. Et d'un coup, sans qu'on puisse souvent en deviner le déclencheur, ils ferment le livre et sortent, souvent en groupe, façon étourneaux qui se sont passé le mot par ondes sensorielles !


Pendant ce temps, les romans et les albums s'ennuient ! 

Je peine à en faire lire, alors que j'ai fragmenté les rayonnages par genre ou par "difficulté" pour rendre plus lisible l'offre de lecture, que je multiple les achats de titres très courts (suffisamment pour être terminés sur place), et que je ne cesse de solliciter mes collègues pour venir faire lire sur place les classes.

Les projets lecture avec les albums se sont arrêtés avec le Covid, et depuis, la lecture d'albums sont plus rares, alors que les bacs sont au centre du CDI. La fin des projets a entrainé la sortie des albums de l'univers des élèves.

Donc au milieu de tous ces rayonnages au repos mais réactualisés et plein de merveilles que j'adore, je trépigne d'impatience à l'idée de les leur faire découvrir, mais aussi de leur faire toucher du doigt l'état de bien-être et de détente qu'on atteint quand on est à un niveau de concentration total, qui fait que même la sonnerie ne nous met pas en mouvement. Or on n'atteint cet état qu'avec une lecture individuelle, et plus facilement avec un roman (parce que pas tenté de partager/montrer avec le voisin).

Je ne perds pas de vue mon objectif "lecture sur place 25 min au moins 1 fois par an pour chaque élève", la seule vraie politique de lecture démocratique, mais en attendant d'y arriver, et parce que j'en suis bien loin malheureusement, je me suis rabattue sur "mes lecteurs", ceux qui passent leur vie au CDI pour lire pendant les récrés, le midi, les heures d'étude. 
Et cela concerne déjà beaucoup d'élèves, ce serait donc ridicule de ne pas agir sur ces "déjà lecteurs", puisqu'une grande partie du boulot est faite : ils viennent, ils lisent, ils empruntent souvent.

Alors aux grands mots les grands moyens : j'ai interdit la lecture de BD, mangas et quelques rayons de BD (cuisine, animaux, sport) pendant la semaine avant les vacances. 


J'ai créé des affiches de conseils de lectures, avec des sélections de quelques romans et albums :





 

Des effets positifs immédiats et sans douleur

- Un peu moins d'élèves, certains ont fait demi-tour, mais uniquement parmi ceux qui viennent surtout pour être entre amis au chaud, ou au frais selon la saison... 

- Infiniment moins de bruit, bien sûr lié à l'absence de ces élèves (et de ma voix pour les reprendre ou les faire sortir) mais surtout parce que quand on lit un roman, on se tait !!

- A part ceux qui ont fait demi-tour, aucun n'a râlé, ils ont été plutôt amusés, et se sont prêtés au jeu. J'ai expliqué que c'était pour les obliger à découvrir d'autres rayons et d'autres livres, et leur faire vivre une expérience de concentration totale. Une seule élève a parue déstabilisée : "Depuis qu'il y a les draps, je ne sais plus quoi lire !" Je lui ai conseillé un album de Fred et Roca, et elle a adoré !! Sa copine est revenue sur une heure d'étude pour le terminer. Hourra !

- Moins de fatigue pour moi, sur cette dernière semaine qui est toujours un peu compliquée.

A refaire, définitivement, à chaque départ en vacances !


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