mercredi 27 janvier 2016

La place du prof doc dans les EPI

Enoncé du problème :

- sachant qu'il y a au collège 20 classes de section générale et 6 classes de Segpa, et qu'il y aura 40 EPI sur le cycle 4 tous les ans
- sachant que je prends seule depuis 10 ans les 6e et 5e avec un programme 
progressif info-doc/EMI/lecture à raison de 12h par semaine (sur heure d'étude)
- sachant que les autres projets menés avec les collègues me prennent entre 2h et 6h actuellement, ce qui laisse entre 10 et 15h d'ouverture aux élèves de l'étude
- sachant que ces projets sont des projets simples et courts (rarement beaucoup de documents à conserver d'une fois sur l'autre) : projets lecture simples en 4e segpa, recherches documentaires pas trop ambitieuses pour créer des affiches ou des padlets, présentations de livres avec lecture sur place...
- sachant que mes collègues ont compris que j'aime avoir des classes et des projets, et que je suis amère face à ma place institutionnelle dans la réforme 2016, ce qui fait qu'ils me mettent gentiment dans tous leurs projets

Etant donné tout ça, comment imaginer survivre à toutes les sollicitations d'EPI (trimestriels ou semestriels) pour l'an prochain ?? Journal du collège, vidéos sur les métiers (toutes les 3e), pièces de théâtre, organisation de manifestations sportives, vidéos à tout va, débats philosophiques...

Autant de projets que depuis 20 ans que je suis prof doc !

Piste 1 : proposer moi-même des EPI-EMI

Puisque l'EMI est une des disciplines qui figure (très officiellement et à grand renfort de communication) dans les nouveaux programmes du cycle 4, au même titre qu'une autre matière, cela doit pouvoir compter comme une des deux disciplines d'un EPI.
Cela peut permettre de nommer EPI les nombreux projets déjà menés au CDI avec les collègues d'HG EMC (les libertés, le harcèlement...).
Ils peuvent donc compter comme un « EPI information communication citoyenneté »,  sans nécessairement avoir recours à une 2e "vraie" discipline, ce qui est à mon avis stérile sur des sujets déjà difficiles à appréhender pour les élèves.
Et si vraiment on nous impose une 2e « vraie » discipline, on pourra toujours rajouter l'EPS, en disant qu'on va lever les bras pour accrocher les affiches sur des fils à linge... 

Avantages : donner un caractère officiel à mes cours, entrer dans les cases.

Inconvénients : devoir trouver plus ou moins artificiellement (parce que décidé un an avant !!) un 2e collègue, trouver une production à la fois suffisamment "d'envergure", et pas trop mangeuse de temps !


Piste 2 : participer à des EPI, et lâcher mes heures "EMI-CDI" sur heures d'étude

Avantages : faire partie de la fête et répondre aux demandes des collègues.
Inconvénients : être quasi certaine que tous les élèves n'auront pas le même enseignement info-doc, ne pas pouvoir respecter de progression, avoir des élèves sur les heures d’étude qui ne connaissent plus les règles de fonctionnement du CDI proprement dit, qui n'auront plus leurs habitudes (45h obligatoires au CDI en 6e et 5e, ça laisse des traces !), être vue comme un "intervenant extérieur" par les élèves, ne plus être "leur prof". 



Piste 3 : participer à des EPI SANS lâcher mes heures "EMI-CDI" sur heures d'étude

Inconvénients : se tuer à la tâche, recevoir des classes qui devront utiliser des compétences info-doc et numériques qu'ils n'auront pas encore apprises.



Piste 4 : attendre ! 

Attendre avant de se lancer, regarder les collègues se démener, et dire non aux projets qui n'intègrent pas des recherches documentaires organisées, ou de la culture numérique, ou de la lecture.
Avantages : ma santé !
Inconvénients : passer pour une "dame du CDI" qui ne veut jamais de classe... "C'est cool au CDI !"



Piste 5 : préparer un référentiel de pré-requis

Rappeler que les projets de ce type exigent des compétences préalables chez les élèves. En fonction des EPI qui se préparent, distribuer une liste de compétences à faire acquérir aux élèves. Donc leur demander de vérifier si à la date de leur projet, les élèves ont déjà vu ces notions. Sinon, adapter le projet, en changer, ou prévoir des séances. Evidemment, se proposer tel Zorro pour faire ces interventions, de la même manière que depuis toujours. 
Avantages : ça fait pro ("expert", comme ils disent !) et ça évite les inconvénients précédents.


Bon, ben c'est parti pour les pré-requis ! Suite au prochain épisode.

Tiens, une petite voix me sussure ces quelques précautions avant usage des EPI :
- oublier que cela fait 20 ans que je prône la pédagogie de projet et l’interdisciplinarité
- oublier que jusqu'à présent j'étais la seule à parler de sources, d'URL, de culture numérique...
exiger des collègues qui souhaitent intervenir au CDI de respecter un protocole précis, ne pas accepter de "bidouiller" ou d'improviser
- penser à préciser à l'administration que, promis, je ne demanderai pas à récupérer mes heures de cours. Sinon, on va m'interdire ces séances pour ne pas risquer que le CDI soit trop fermé...


samedi 23 janvier 2016

La pédagogie Herta : ne passons pas à côté des choses simples !

On voit partout des projets fleurir, tous plus ambitieux les uns que les autres.
Portés par le vent de la réforme 2016, les collègues semblent découvrir les vertus du travail de groupe, du numérique, des projets théâtre, lecture, vidéo, exposés... 
Cela fait 20 ans que j'attends que cela arrive, je ne vais pas cracher dans la soupe !
Je me demande juste comment je vais réussir à assurer 20 ans de projets géants en une seule année...

J'ai eu hier deux fois la confirmation qu'on passe à côté des choses essentielles, qui sont pourtant celles les plus simples à organiser.

Les classes de 6e terminent des exposés. Au fur et à mesure qu'ils ont terminé, ils ont le droit d'aller lire pour attendre tout le monde.
Une élève passe devant moi : "On a le droit de lire ? Oh, trop bien !"
Idée révolutionnaire de projet lecture pour ne pas perdre de lecteurs : donner du temps pour lire !!

Depuis septembre, j'ai mis sur une grille la sélection BD de la bibliothèque du quartier, avec la photo des bibliothécaires, une affiche, un tableau de gommettes pour voter, les 4 BD coup de coeur, et un A4 fluo jaune avec en gros "vous pouvez les emprunter", et j'en ai parlé aux classes. La grille est entre les bacs BD et les mangas, bien en vue.
Désespoir, alors que l'an dernier, ça marchait très bien, aucun emprunt cette année.

Donc hier, j'ai mis deux classes de 6e devant la grille, avant de commencer le cours : deux élèves seulement par classe avaient déjà lu les affiches, les autres n'avaient même pas repéré la grille, mais ils ont tous poussé des cris de joie en reconnaissant les bibliothécaires et ont demandé à emprunter les BD.

Idée révolutionnaire pour faire réussir un projet lecture : le montrer, et pas seulement en parler !! 
Image libre de droit
Jambon libre de droit (Pixabay")

Alors comment réagir face aux idées d'EPI qui naissent en ce moment et inondent ma boite aux lettres de messages enthousiastes ? Comment ne pas jouer les Cassandre ? Comment ne pas donner l'impression de tout rejeter, alors que j'ai signalé aux collègues mon désarroi face à la non reconnaissance institutionnelle des profs docs ? J'ai quelques pistes, que je met au clair ce week-end...

dimanche 22 novembre 2015

Attention aux rumeurs, 3e version

Les séances de la semaine dernière m'ont laissées pantoise, tant les difficultés des élèves ont été localisées pas du tout là où je les attendais. Pour tout dire, j'étais même assez désespérée.
- "Madame, c'est quoi un sous-titre ?"
- "Ben l'info elle m'arrive par FB" "Oui, mais qui te l'envoie, tu es abonné à des fils d'actualité, tu reçois les infos de qui ?" "Ben, de FB !"
- "Mais je vous ai dit de cliquer sur le lien dans l'article, sur la page FB du CDI, c'est quand-même pas compliqué !" "Oh mais nous, Madame, on regarde que les images sur FB".
- "Je peux cliquer sur "vidéo d'une fusillade dans un train" ?"
- "C'est ça, le titre de l'article, Madame ?" "Euh, non, ça c'est la légende de la capture d'écran de twitter..."

Bref, y'a du boulot.
Et je ne parle pas des élèves faussement choqués que je leur mette des images de mort sous les yeux, ou qui foncent en bas voir les liens vers les autres articles ("ben, c'est sur l'article !") ou qui me reprochent mon titre "info ou intox ?" C'est pas bien de faire un jeu avec les attentats !

Alors j'ai fouillé partout, à la recherche de vidéos soft (des journalistes de radio filmés dans leur bureau, ça va ?), d'articles suffisamment courts pour pouvoir être photocopiés après mise en page (tant pis pour la navigation en vrai sur les vrais articles du net), des animations sans photo du tout.

Et j'ai changé mon déroulé de séance, plus "scolaire", puisque les tâches complexes leur passent au-dessus de la tête. Je teste demain !

énième version... peut-être la bonne ?
Voici les documents que j'ai trouvés :

http://www.dailymotion.com/Desintox

http://www.foozine.com/lhilarant-coup-de-gueule-de-el-hadj-a-propos-des-gens-sur-facebook-suite-aux-attentats-16278


et le dossier partagé avec la mise en page de la page 1 de l'article du monde (et quelques-autres au cas où je m'en serve plus tard) :
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/11/16/attentats-du-13-novembre-4-nouvelles-intox-qui-circulent-lundi_4811107_4355770.html

mercredi 18 novembre 2015

Attention aux rumeurs

Lundi, je ne me voyais pas faire la petite activité Libre office dessin que j’avais prévue et peaufinée après mon 1er groupe de 5e vendredi matin.
Je ne me voyais pas non plus répondre aux questions et inquiétudes des élèves. Je le leur ai dit.
J'ai dit qu'on allait avancer de deux mois les séances sur les réseaux sociaux et les hoax. Qu'on allait travailler sur les rumeurs qui ont circulé tout le week-end. Je leur ai laissé le choix de la faire tout de suite, ou de laisser passer 15 jours.

Ils ont tous souhaité le faire tout de suite, "c'est aujourd'hui qu'il faut savoir ce qui est vrai ou pas".

Une élève, en larmes, inquiète pour ses parents partis travailler le matin, a d'abord choisi de quitter la salle au moment où on irait sur les ordinateurs. Elle est finalement restée avec nous, on a beaucoup parlé, pas forcement devant tout le monde, je lui ai dit "bienvenue au club, moi-aussi j'ai peur, j'ai peur tous les jours depuis la naissance de ma 1ère fille, mais ça ne change rien d'avoir peur. Il faut continuer à profiter au maximum de la vie, sans trop penser à toutes ses peurs, et même si j'en ai une de plus depuis quelques mois, je continue à regarder à gauche et à droite en traversant, et à manger équilibré, parce que le danger il est finalement davantage là que dans un attentat." On a dit qu'il fallait rester gai, ses copines ont plaisanté en disant qu'il n'y avait pas de danger avec elle, qu'elle rigolait tout le temps, on a parlé de La mélodie du bonheur, elle a séché ses larmes, et moi j'ai sorti mon mouchoir.

Et puis on a travaillé aussi. En trois séances, j'ai peaufiné mon déroulement, mes questions. J'ai utilisé ma technique bleu/noir/vert (lien vers document pdf).

Rajout jeudi soir : j'ai encore modifié mes consignes, pour les obliger à LIRE l'article, bon sang de bois.

Le résultat est simple, mais efficace. En plus, je peux évaluer leur attention (bonne), leur suivi des consignes (mauvais, ils ne lisent que sous la contrainte et sous mon regard, donc personne en même temps !), leur capacité à lire un article (déplorable, et pourtant, les articles sont de plus en plus difficiles à lire en ce moment, avec leurs dizaines de captures d'écran, leurs publicités insérées), leur superficialité (inquiétante, cette façon de ne regarder que les images, de vouloir cliquer sur les vidéos, d'actionner l’ascenseur comme si l’objectif était d’arriver en bas de la page avant le voisin).

Je ne sais pas si ils seront un jour capables de lire de manière continue et réfléchie un texte affiché sur un écran. J'ai l'impression que la seule lecture attentive qu'ils font, c'est dans le cadre scolaire d'un travail à faire tout seul à une table. Même en travail de groupe à une table, ils ne lisent pas. Comment accéder à la réflexion dans ces conditions ?

Bref, cela n'enlève rien au fait qu'ils ont compris deux-trois choses je crois avec cette activité. Enfin, quelques-uns... Parce qu'au bout de 45 minutes, un des élèves s'est retourné en s'exclamant : "Madame, regardez, c’est incroyable. Vous avez vu ce qui est arrivé ?!" Et pour changer de sujet, quand il a vu que j'étais fâchée qu'il n'ait toujours pas compris qu'il était sur une page avec QUE des rumeurs, il m'a demandé de but en blanc, et sans rapport évident (?) si je connaissais tel jeu de guerre interdit aux -18 ans, le regard gourmand. Au vu de ma réaction, il m'a promis de ne plus jouer qu'à la FIFA. Je vais faire semblant de le croire...

Vous l'aurez compris, je ne suis pas hyper optimiste et souriante. Ces séances indispensables ne me rassurent pas totalement sur la capacité de nos élèves à comprendre le monde qui les entoure. Même s'ils sont adorables sur le moment, on a parfois l'impression troublante qu'il ne font que passer, tiens bonjour madame, c'était super bien comme séance, mais c'était quoi, déjà ? Alors si ces sujets sont relayés à l'occasion de quelques EPI, ce ne sera sans doute pas plus mal. Il n'en reste pas moins certain que le seul moyen de faire ce travail de base avec TOUS les élèves, ce sera de continuer à les prendre sur des heures en plus, de notre propre chef, et pas de faire au coup par coup, selon les collègues et les années. Et selon les attentats.

mardi 10 novembre 2015

"Et toi, du coup, tu proposes quoi l'année prochaine ?"

Et oui, on m'a posé cette question tout à l'heure.
Le collègue participe à des formations sur la rentrée 2016.

Et ben moi, à la rentrée 2016, je propose la même chose que cette année, en mieux, parce que je progresse d'année en année. Ma révolution pédagogique, il y a longtemps que je l'ai entamée !!
Et puis de toute façon, dans les EPI, je compte pour du beurre, je ne suis pas une discipline, je ne peux pas inter-discipliner.

Quoi qu'a propose ? - A propose rin.
Pourquoi qu'a propose rin ?
- A' xiste pas.

D’après La môme néant, de Jean Tardieu

samedi 17 octobre 2015

Comment on créé une BD ?

Après les séances obligatoires de début d'année en 6e (les règles du CDI, les clubs, le contenu du CDI, comment on emprunte, quand-est-ce qu'on peut venir...), voici venu le temps de la première activité de l'année d'EMI-CDI.

Maintenant je suis très organisée, avec mes tables 6 couleurs et leur galet pour le tirage au sort (j'ai déjà exposé ici mon système de triage au sort par couleur et dé à jouer). Au milieu des 6 tables ma desserte roulante chargée de pots à crayons de toutes les couleurs, de tubes de colle, de ciseaux, de feutres au cas-où pour décorer. Et à chaque table, mes responsables de crayons, de table... pour que tout le  monde ne soit pas debout en même temps.

Document personnel
J'ai distribué un feuille double à chaque élève, et un bandeau à coller en haut avec le titre et un nuage de mots.
Dans une classe, j'ai laissé les élèves écrire EMI-CDI en toutes lettres, ça nous a pris un quart d'heure, donc pour les autres classes, je me suis méfiée... Comme en plus on gardera le même dossier en 5e, autant éviter qu'ils aient des titres 25 couleurs avec des coeurs partout en 5e, ils ne vont sans doute plus apprécier !

Ensuite, j'ai expliqué mon système 4 couleurs :
Photo prise au CDI

Et j'ai lancé la première activité : "comment on créé une BD ? Il se passe quoi avant que la BD arrive dans les bac au CDI ?"
Ils avaient le choix comme d'habitude de faire un schéma légendé, un texte, une liste de mots, selon les façons de réfléchir de chacun.

Pour l'étape verte, je diffuse une vidéo réalisée par les éditions Delcourt https://www.youtube.com/watch?v=jCsJnulUe2o
Pour mon mini-groupe de 8 élèves bilangues que je ne peux pas prendre avec leur classe, j'avais mis la vidéo sur les tablettes, pour voir la plus-value d'un visionnage à deux, où l'on peut arrêter et revenir en arrière, par rapport à la vidéo-projection grand écran collective. Mais on n'a pas eu le temps de terminer, je verrai à la rentrée.
Travail d'élève
Etapes bleue et noire
Travail d'élève

Travail d'élève


Lors de l'heure suivante, je laisse du temps pour l'étape verte, et on corrige. 

Ensuite je fais un rappel très rapide de vocabulaire (phylactère, vignette, planche, onomatopée), je vidéo-projète des exemples, et je demande les réponses à l'oral. Je vérifie qu'ils savent dans quel sens lire les phylactères dans une vignette, ce qui n'est pas toujours le cas. 
Document personnel
Pour terminer sur la BD, j'aime bien leur faire lire la BD Piero de Baudoin, que la bibliothèque a en série. Cela casse l'image qu'ils ont parfois du noir et blanc, cela les aide à se penser lecteurs de ce type de BD. Quoique, ce matin, la classe a poussé des hurlements de joie quand j'ai sorti la pile de BD ! "On pourra les lire, Madame, on pourra les lire, hein ?!!"  Ils m'étonneront toujours, ces petits !!

Selon le temps qui reste, je vidéo-projète quelques extraits, pour les faire parler de leur ressenti sur le graphisme, sur les outils utilisé à leur avis. Je diffuse ensuite  une vidéo où on voit Baudoin dessiner un cheval, en expliquant sa démarche.
Et on termine par la lecture silencieuse du début.

A la séance d'après, on écrira sur le dossier une trace écrite, avec les mots de vocabulaire à retenir, et sans doute quelques mots de métiers importants comme éditeur ou libraire.

2e étape : les albums, avec ma rencontre traditionnelle avec des personnes à la retraite qui vont venir lire avec eux. Ce sera l'occasion du 1er exposé, et donc des premières manipulations informatiques (liste de résultats google, url, chercher une info sur un site, citer ses sources, chercher une image, la coller et la réduire sans la déformer). On va tenir sans doute jusqu'à Noël avec ce sujet.
3e étape les mangas.
4e étape la presse.
Et à chaque fois, je rajoute une difficulté documentaire.

J'ai déjà présenté ici ma démarche de mêler lecture et activités documentaires.

dimanche 11 octobre 2015

Crayon 4 couleurs

J'ai testé cette semaine une nouvelle façon de faire travailler les élèves, et ça s'est fait un peu au hasard, parce que j'avais des pots de crayons, et que je les ai rangés par couleur. Et aussi parce que je n'avais plus de voix...

Je voulais faire passer ma traditionnelle évaluation-bilan de 6e, avant de passer à plus difficile dans esidoc avec les 5e. Mais chaque année, cela me laisse sur ma faim. S'ils n'ont pas compris ou écouté l'année précédente, ce n'est pas en recausant encore de fiction-documentaire ou classement qu'ils vont comprendre quelque chose. Et savoir qu'ils n'ont pas retenu me faisait une belle jambe...


Crayons bic 
Ma nouvelle mallette pédagogique !
Je les ai d'abord séparés, pour donner un côté symbolique à l'évaluation, et je leur ai donné un crayon bleu : "vous répondez seul avec vous-même, pour voir vos souvenirs de l'an dernier".

Ensuite, j'ai récupéré le crayon bleu, et nous sommes passés au crayon noir. Je les ai remis en tables de 4, ils devaient confronter leurs réponses, et éventuellement barrer le bleu s'ils pensaient s'être trompé (je devais pouvoir voir ce qu'ils avaient écrit au début), ou compléter.

ça, c'est du classique, faire travailler en groupe après un moment individuel. La différence, c'est le changement de couleur pour voir l'évolution, et surtout, le passage à une 3e étape : l'apport extérieur d’informations !

Donc nous sommes passés au crayon vert, qui leur donnait le droit d'aller chercher des ressources extérieures, en l’occurrence, aller vérifier au CDI. Si leurs vérifications confirmaient le bleu ou le noir, ils mettaient un petit trait vert.

Le rouge est réservé à la correction.

Pendant presque 40 minutes, je n'ai rien dit, pas un seul mot, pas répondu à une seule question. Je les ai juste observés, ce que je n'ai jamais le temps de faire habituellement.



Travail d'élève
Cela a si bien marché que je pense renouveler le système pour d'autres activités : un texte à trou sur le vocabulaire d'Internet, sur le vocabulaire de la presse... avec possibilité d'aller vérifier où ils veulent, y compris sur Internet. Et une fois les choses revues, et pour certains, bien consolidées, on passe à plus difficile, toujours dans la même thématique.

J'y vois plusieurs avantages : 
- permettre par un rituel de leur faire prendre conscience de leurs connaissances et de leurs manques (il n'est plus question de "madame, c'est noté?")
- les faire réfléchir en équipe
- avoir du temps pour les observer
- leur donner l'habitude de se tourner vers des ressources extérieures, qu'ils auront eux-même choisies, ce qui est finalement la base de la recherche documentaire !
-  en observant leurs feuilles, grâce aux couleurs, on peut très facilement faire la différence entre leurs connaissances de départ et leurs acquis suite au travail de groupe. Un élève peut être faible, mais être hyper actif en équipe, et au contraire un autre va se reposer sur ses lauriers, et ne pas participer au travail en commun. J'ai mis deux notes, une bleue (connaissances de départ) et une verte (après les échanges).

Il me reste à décliner ça sur tous les sujets. 

Rajout : après des tests avec plusieurs niveaux de classe, j'ai fait un affichage pour rendre plus lisible la méthode. Je pense que je vais encore modifier : "correction avec le prof" serait mieux que "par".
Photo du CDI
Rajout d'avril 2018 : j'ai inversé les deux dernières étapes. On corrige avant de rajouter des éléments extérieurs, quitte à ce que la correction ne donne pas les réponses, mais signale simplement les éléments faux.

vendredi 26 juin 2015

Regonflée à bloc !

D'abord, il y a mes deux filles qui viennent passer la semaine avec moi au CDI (fin des cours pour elles !). Elles ont déjà recoté les nouvelles, fait l'inventaire des contes, des BD, collé des dizaines de cotes, et la semaine prochaine, on couvre ! J'ai enregistré en deux jours davantage de livres que depuis septembre !! Je suis trrooop contente, ça me bouste, et en plus, on se bidonne bien toutes les trois. " Tiens, je pose la pile à coter devant toi, et après je cote la pile d'à côté."

Ensuite, il y a tous les nouveaux collègues trainés au CDI par les anciens : "et là, c'est le super CDI, incontournable, une doc dynamique, toujours des idées, avec un CDI toujours plein." Encore, encore...

Enfin, il y a ce texte, découvert tout à l’heure grâce à la veille Twitter (merci Jacqueline Valladon !) : http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/90/1/ELEMENTS_EXPLICATIFS_projet_de_programme_cycle_4_19_juin2015_439901.pdf


Ça y est, j'existe ?!!
M'enfin, qu'est-ce qu'on attendait pour me dire que le prof-doc est maintenant cité dans les programmes, et en plus, comme "enseignant et maître d’oeuvre" du domaine dans l’établissement !!

Et ben voilà, me voilà regonflée à bloc, comme Nadya (merci à mes filles de m'aider à ne pas me relâcher avec la culture).

Rajout du 1er juillet, après la publication d'un excellent article sur le site des Trois couronnes. Je vois bien qu'on n'a pas gagné la guerre, mais en tout cas, le gain de cette micro-bataille symbolique va me permettre de passer des vacances plus zen... http://lestroiscouronnes.esmeree.fr/actu/projet-emi-du-csp-l-appel-du-19-juin

Ouais ! Vivement septembre !!! 
(Non, je plaisante, je suis ravie de faire la sieste pendant deux mois...)

mardi 23 juin 2015

"EMI-CDI"

L'an prochain, les séances que je fais en 6e-5e s'appelleront "EMI-CDI" au lieu de "Projet CDI".
Un moyen comme un autre de me positionner avant les autres sur le créneau EMI, sans pour autant laisser entendre que j'en suis la seule dépositaire. J'ai d'ailleurs proposé de faire une synthèse de ce que les uns et les autres faisons déjà.

Je ne me suis pas prise la tête avec le débat "EMI ne recouvre pas totalement ce que je fais", la nuance est assez subtile... Et de toute façon, quand j'ai commencé à évoquer l'EMI en réunion il y a quelques jours, je parlais chinois pour la plupart des collègues.

Pour ceux que cela intéresse, je partage le document que j'ai envoyé à mes collègues, avec le courrier d'explication, et la totalité de la programmation que j'ai prévue pour l'an prochain.
(ça y est, je me lance, je diminue 10h les 6e pour prendre les 4e quelques heures.
On verra bien si je tiens le coup...).

Je met aussi le bilan de cette année, qui sera présenté au CA la semaine prochaine. J'ai fait une infographie pour résumer l'année, mais comme j'ai utilisé un dessin trouvé sur le site d'une collègue, je ne peux pas le diffuser ici. Voici le dossier.